Figaro, Paris
2026
Art de Vivre
Banc, chaise, fauteuil… À la Biennale Bâtir vivant, le design organique et sans plastique à l’honneur
Par Sophie De Santis
« EXPOSITION – La 3e édition de l’évènement consacré aux nouveaux matériaux 100 % naturels pousse encore plus loin le curseur, en présentant du mobilier totalement dépourvu de matériaux fossiles. Hélène Aguilar et Marie-Cassandre Bultheel sont des combattantes. Depuis plusieurs années, imperturbables, elles tracent leur chemin. Elles défendent sans relâche un design beau et durable. Leur credo : mettre leur talent au service du vivant pour prouver qu’il est possible de créer des objets désirables, solides et totalement exempts de plastique. En s’entourant de chercheurs et de scientifiques qui nourrissent leur initiative, elles confortent un discours qui semble aujourd’hui évident mais pas toujours acquis.
« Dans nos maisons, nous sommes submergés de plastique, constate Hélène Aguilar. Dans la peinture, la colle, les finitions chimiques de bois qui constituent le mobilier, et plus généralement la décoration d’intérieur. » L’ex-cadre dans la finance et son acolyte Marie-Cassandre Bultheel, directrice artistique, fondent la Biennale de design durable en 2021, un rendez-vous dédié à la création de design entièrement écoresponsable.
Les trentenaires rallient à leur cause des créatifs, architectes, esthètes, convaincus par la même philosophie : explorer le lien entre la matière vivante et le beau, et appliquer concrètement au quotidien cette pratique vertueuse dans nos intérieurs. Ainsi, pendant une dizaine de jours, dans un immeuble cossu (temporairement) en friche près des Champs-Élysées, elles invitent le public à découvrir 32 exposants sur 1 200 m2, autour d’objets tous réalisés naturellement.
Parmi les plus remarquables, le banc spectaculaire réalisé en rotin, bambou guadua et inox, aussi sculptural que fonctionnel, dessiné par Aurélie Hoegy. Cédric Breisacher, lui, propose une chaise composée de copeaux de bois aggloméré par un liant naturel à base d’amidon et d’eau. Tandis que Fabrice Peyrolles centre ses créations sur la biodiversité : son fauteuil Maguey est conçu à partir de plantes invasives des Calanques, transformées avec des savoir-faire artisanaux traditionnels et des fibres d’agave locales. Le résultat est bluffant de technique et d’esthétique. « Le parcours que nous proposons est comme une respiration poétique. Les pièces parlent à tous nos sens, le toucher, l’olfactif, la contemplation », décrit Marie-Cassandre Bultheel, qui a scénographié les trois niveaux d’exposition.
Les plus curieux découvriront aussi l’emploi de cellulose de kombucha servant à fabriquer des objets usuels, qui, en fin de vie, redeviendront humus pour nourrir à nouveau la terre. Si le lin, la laine brute, la terre et les végétaux sont des ingrédients de plus en plus usités par une nouvelle génération de designers, on découvre que le champ est infini dans l’expérimentation décorative, avec l’usage de mousse vivante, de pelures d’oignon, de fleurs pour la teinture, de brique, de terre, de mycélium… et le « lâcher prise ». « Changer le regard sur le beau, c’est déjà agir ! », admettent les deux jeunes femmes qui affirment « convaincre » de plus en plus d’industriels et de fabricants de mobilier « souhaitant » progressivement transformer leur modèle de production. »