Figaro Magazine, Paris
2026
Art de Vivre
TALENT I AURÉLIE HOEGY
Quand le rotin devient langage
À la frontière du design et de la sculpture, ses créations ont séduit le Musée des Arts décoratifs qui a intégré dans ses collections l’une de ses tapisseries murales.
Par Sylvie Wolff
« Aurélie aime mettre la matière en mouvement. Depuis 2013, année de son diplôme à la Design Academy d’Eindhoven, elle dompte sans relâche le rotin avec lequel elle fait corps de manière presque instinctive. Pour elle, cette fibre végétale n’est pas un simple support mais un véritable langage.
Très jeune, elle s’éloigne des matériaux industriels pour se tourner vers les fibres naturelles, dans une démarche artistique et écologique. Le déclic survient lors d’une résidence à Bali: elle y découvre cette liane, souple et vivante, qu’elle apprend à travailler au contact d’artisans locaux. Une expérience fondatrice qui ancre son approche, faite d’écoute et d’observation. « C’est elle qui me guide, je suis ses courbes », confie-t-elle. Chez cette créatrice, le rotin n’est pas tressé mais sculpté, clouté avec beaucoup de doigté. Elle en exploite la moelle – le cœur souple de la tige – qu’elle modèle en volumes ondulants, presque organiques.
UNE EXPLORATION DU VIVANT
Ses assises, ses tables, ses bancs évoquent des formes en suspension comme des vagues, des ondes, des chevelures… qui habitent l’espace, animées d’un mouvement interne, comme si la matière conservait la mémoire de sa croissance végétale.
Ce travail patient, presque chorégraphique, s’inscrit dans une logique de slow design, où chaque œuvre nécessite des semaines, voire des mois de fabrication. Marie-Ange Brayer, directrice du département design du Centre Pompidou, perçoit très tôt la singularité et la poésie de cette démarche. Dès 2021, la chaise longue Duchess rejoint les collections permanentes du musée. La même année, d’autres pièces intègrent le Centre national des arts plastiques. D’ici à mi-mal, une tapisserie murale en volume viendra enrichir les collections du Musée des Arts décoratifs de Paris, après avoir déjà séduit le Museum of Fine Arts de Houston. Une reconnaissance qui confirme une pratique à la croisée du design et de l’art contemporain. Si ses œuvres plaisent aux collectionneurs et aux institutions, la designer continue d’expérimenter.
Dans son atelier du Val-d’Oise, elle poursuit ses recherches sur d’autres fibres – bambou, pite, coco – avec la volonté de prolonger son exploration du vivant. Car pour elle, la technique est un levier d’innovation donnant naissance à des formes inédites qui invitent à repenser l’objet, non pas comme une simple fonction mais comme une présence qui interagit avec le corps et l’espace. »
Sylvie Wolff
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